0002 Facebook et les Bodmods

Shannon Larratt scarification by Lukas ZpiraEn 1994, Shannon Larratt fonde BME, Body Modification Ezine. Nous sommes au tout début de l’Internet. Vingt ans plus tard, Facebook est devenu la plateforme de partage qui met en réseau des millions d’internautes. L’algorithme qui propose de nouvelles relations a identifié que je travaillais sur les modifications corporelles. Chaque jour, le logiciel me demande « les connaissez-vous » et me propose des personnes modifiées venant du monde entier. Pour un grand nombre d’entre elles, nous avons plusieurs amis en commun, et plus les modifications sont lourdes et avancées (je ferai un billet plus tard sur ce que j’entends par « lourd » et « avancé », mais aussi par « extrême » ou « radical ») plus les amis en questions sont parmi les pionniers des modifications corporelles dans le monde (et notamment, bien évidemment, les pionniers des modifications en France).

Alors qu’avec BME et Iam Shannon Larratt initiait un réseau social qui mettait en relations les premières personnes à se préoccuper de ce que l’on pouvait faire sur son corps de manière alternative – inaugurant ainsi une « communauté » – Facebook de manière automatisée met en relation celles qui vingt ans après s’inscrivent encore dans des pratiques de construction de soi troublantes (troublantes au sens où elles troublent les normes et les modèles convenus de l’apparence). En les associant par son algorithme et en les proposant comme amies, Facebook entretient de manière automatique le projet initial de Shannon Larratt. Par ailleurs, le réseau social construit une visibilité des pratiques de construction de soi et de leurs mutations. Il constitue ainsi un point d’observation de ce que les humains font à leur corps.

Shannon Larratt est mort en 2013. Depuis, sa page Facebook continue à fonctionner comme une sorte de forum-hommage permanent. Mais elle peut aussi se comprendre comme un témoignage des mutations corporelles de l’apparence. Elle permet de resituer l’importance des rencontres entre les divers explorateurs du corps qui ont diversifié les techniques de marquage de la chair. Les photos de Lukas Zpira qui scarifie Shannon Larratt, lors d’une visite qu’il lui fait à La Paz au Mexique, illustre ce qui se joue entre ces pionniers qui n’hésitent pas à expérimenter sur eux-mêmes ces pratiques d’inscription. Les photos sont datées de 2005. La scarification et le tatouage que Shannon Larratt porte sur le front constitueront sa signature faciale, sa charte graphique.Shannon_Larratt-logo2013

Dix ans plus tard, les scarifications figurent au catalogue des modifications corporelles proposées dans des instituts de beauté d’un nouveau genre, aux côtés de pratiques plus populaires comme le piercing ou le tatouage.

Shannon_Larratt-Scarification-By-Lukas_Zpira2005a Shannon_Larratt-Scarification-By-Lukas_Zpira2005b

 

2 réponses à “0002 Facebook et les Bodmods

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