0003 Tatouage facial: la tradition au service du gang

Shannon-White-Tattoo

Le tatouage blanc de Shannon Larratt Shannon Larratt’s White Tattoo

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Motard Maori avec Moko

 

Shannon Larratt [dont il vient d’être question], portait un tatouage blanc sur le crâne qui, comme la scarification réalisée par Lukas Zpira, signait facialement son identité.

Les tatouages faciaux constituent un des objets sur lesquels  je travaille en ce moment pour en saisir la genèse contemporaine.  Une des hypothèses qui me guide considère ces tatouages comme une exploration de l’apparence qui a émergé à la suite du mouvement punk, même si les Punks n’ont pas inventé ces pratiques. Ils les auraient plutôt réinventées, utilisées d’une manière agressive visant à provoquer l’ordre social. Mais ces marques rendues publiques vont impulser des possibilités que Shannon Larratt et bien d’autres vont réaliser. Des tatouages traditionnels sont réinventés, détournés et prennent des significations combinées.
## la loi du groupe sur le visage
Femme-Algerienne-TatoueeAnthropologiquement, le tatouage facial a – comme tous les tatouages – revêtu des significations propres à de nombreuses sociétés dans lesquelles il inscrivait la loi du groupe sur les visages.

Les femmes étaient ainsi tatouées pour différentes raisons en Afrique du Nord, au Japon, en Papouasie Nouvelles-Guinée…

L’ordre social se lisait sur leur visage où le tatouage pouvait aussi servir de protection contre le mauvais oeil.

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Femme Ainu, Japon, 1900 Ainu Woman, Japan

Facial-TAttoo-PAPUA MAISIN WOMEN-2005 by Lars Krutak

Femme Maisin Papouasie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Moko néo-zélandais a de son côté quasiment disparu avec la colonisation avant de renaître et de se populariser à nouveau en Nouvelle-Zélande, dans les îles du Pacifique, et en Occident, jusqu’à orner le visage du boxeur Mike Tyson.
## tatouages criminels
Par ailleurs, de nombreux criminels ont recouru à l’usage du tatouage. Ceci est désormais bien documenté, qu’il s’agisse des bagnards de Tataouine ou de Biribi, des criminels russes, des Yakuzas au Japon ou encore des gangs sud-américains…

## Les voyous au visage décoré

gang-member-portraits-mongrel-mob-new-zealand-jono-rotman-2__700Mais ce billet a été motivé par un lien que j’ai reçu sur Facebook, une série de photos réalisées par Jono Rotman qui a capté les visages tatoués de membres du gang des Mighty Mongrel Mob en Nouvelle-Zélande. L’article posté il y a deux jours compte déjà plus de 471 000 vues.
Le marquage radical de soi indique l’appartenance au groupe et la rupture avec les codes sociaux de l’apparence. Les nouveaux codes, ceux du groupe, s’imposent.

Ces motards néo-zélandais  redessinent le traditionnel moko. L’identité groupale réinvente les visages sur lesquels elle inscrit sa marque. L’encre permet un double ancrage: celui de l’individu dans le groupe et celui de l’identité dans la durée. Le visage peut bien s’altérer au fur et à mesure du vieillissement, les tatouages demeurent et rappellent que le soi n’existe que par la référence aux autres, que par l’inscription tégumentaire de la loi du groupe.

Mais les tatouages constituent autant de bricolages de l’apparence qui empruntent, bien sûr, à la tradition indigène mais aussi à celle des Bikers californiens ou à l’iconographie des détenus.
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Les photos de Jono Rotman esthétisent la soumission de l’individu au groupe. Elles affichent une sorte d’idéal communautaire, qui aurait traversé les époques pour faire du Moko une sorte de carapace inaltérable rendant ceux qui le porte invulnérable.
La tradition est mise au service du gang et chaque membre se l’approprie pour signer sa personnalité.

La carte d’identité s’affiche sur le visage et le corps porte l’étendard du groupe.gang-member-portraits-mongrel-mob-new-zealand-jono-rotman-6__700

Jono Rotman nous montre comment on est passé du moko maori aux nouveaux visages des membres d’un gang qui construisent leur image dans le métissage entre les cultures d’ici et d’ailleurs, d’autrefois et d’aujourd’hui.

 

 

 

 

 

 

 

une interview de Jono Rotman dans Vice

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3 réponses à “0003 Tatouage facial: la tradition au service du gang

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