0010 Un Punk à chienne

Martial-punk à chienne Martial est un punk à chienne.

Il parcourt la France avec sa chienne, Bulle, aussi calme qu’il est volubile. Si le titre de plus vieux punk à chien d’Europe a été attribué à Not – joué par Benoît Poelvoorde dans Le Grand soir (ici dans ma scène préférée du film) –  Martial, lui, se contente de se rendre où son désir le porte en dessinant à la craie sur les trottoirs, pour les passants ou avec les enfants.

Punk normand, il circule avec sa crête et ses tatouages. Il incarne un versant de l’histoire du punk français, celui des keupons de la rue qui subissent le même regard dédaigneux que toutes les personnes sans domicile.

Il pourrait aussi illustrer le no future, la défonce, et coller à l’image du méchant punk agressif utilisée par les maires pour produire des arrêtés anti-mendicité. Pourtant, malgré l’alcool, c’est le sourire et la faconde qui le caractérisent, au point que pas une jeune femme ne passe devant lui sans le saluer voire lui tomber dans les bras, que les regards qu’il croise s’éclairent d’un sourire (d’autres regards évitent le sien, bien sûr. Ils s’attardent sur lui dès qu’il a le dos tourné. Ceux-ci sont pesants, pleins de reproche).

Encore un « sale punk » qui n’entre pas dans les clous, qui dérange lorsqu’il arpente le trottoir, pieds nus, en kilt rouge, en se balançant, parlant de ses grands gestes qui ponctuent ses phrases. Encore un dont le look atteste de l’engagement dans une identité collective stigmatisée, celle des « punks à chien », des « jeunes en errance ». Et pourtant, à le côtoyer, il est aisé de constater que la culture punk qu’il partage n’est pas un ensemble de normes, de pratiques et de valeurs stéréotypées.

Il porte une partie de son histoire sur son corps. Les tatouages bien sûr, à des endroits impossibles à cacher (les mains, le cou, le visage), les traces de piercing… Il porte bien le « fuck you style ».

Genèse du Fuck You Style Généalogie du corps punk Paris, 2015

Genèse du Fuck You Style
Généalogie du corps punk
Paris, 2015

Je ne sais pas si je pourrai réaliser une interview approfondie avec lui. Il me l’a promise. Le rythme de la rue permettra peut-être que nous puissions nous rencontrer devant un micro, autour de quelques verres. D’ici là, je passe de temps en temps voir si Martial est « là » ou s’il a « bougé ». Nous discutons, debout, sur le trottoir, Bulle couchée à mes pieds pour marquer qu’elle m’a adopté. Ce n’est pas très scientifique tout ça. Les discussions ne sont pas dirigées, je ne pose pas de questions. Nous échangeons. Nous sourions. Martial rit souvent. Quand il rit, il se recule, comme un chanteur qui éloigne le micro lorsqu’il pousse sa voix.

Martial-Punk-Fuck-You

L’histoire de la culture punk, incarnée par des parcours aussi singuliers que divers n’est pas encore faite. Elle n’est pas facile à réaliser…

On y travaille, précisément parce qu’elle est une histoire d’humains qui laissent peu de traces, même s’il y a des enregistrements audio ou vidéo, des fanzines, et tout un tas d’objets témoignant d’une esthétique et d’une éthique (affiches, pochettes de disque, badges…). Mais dès lors que l’on sort de  la musique pour saisir la culture punk qui en a émergé ou qu’elle a contribué à associer, les choses se compliquent.  Pour ce qui est de l’histoire des femmes et des hommes qui l’incarnent, seule la rencontre, le temps passé ensemble, la proximité, fourniront des clés de lecture de ce qu’est cette culture dans ce qu’elle a de plus partagé et de plus invisible, de plus commun et de plus divers. De plus humain.

Martial-bras

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