0011 Jean-Luc_Verna, l’image-corps en mouvement

Jean-Luc Verna visage classé X

Jean-Luc Verna
fresh new face 13.7.15
visage classé X

Jean-Luc Verna est artiste plasticien, performer, enseignant.

Jean-Luc Verna est un corps. Et quel corps !

Jean-Luc Verna a le visage classé X, à coups de tattoos, comme d’une croix dont on biffe une case blanche. Ce tatouage facial qui rappelle les tatouages des prisonniers des goulags ou  la marque de l’appartenance aux gangs est ici un pur travail esthétique.

Les tatouages de Jean-Luc Verna soulignent et éclairent son visage. Ils y tracent aussi des perspectives au sens architectural du terme, des lignes de fuite qui paraissent s’échapper de son regard. Son visage illustre cette belle formule de Foucault dans « Le Corps utopique »: « Mon corps est comme la Cité du Soleil, il n’a pas de lieu, mais c’est de lui que sortent et que rayonnent tous les lieux possibles, réels ou utopiques. » (1966)

Il n’y a pas de hasard dans les marques qui se posent peu à peu sur le corps de Jean-Luc Verna, mais un lent et régulier travail de construction de soi.

Il fait ça avec sérieux Verna, en inscrivant par exemple les paroles de chansons qui, selon lui, le définissent (Love out me de Siouxsie & the Banshees autour du cou; un poème d’O’Hara dans le dos). Il multiplie les étoiles, comme un ciel changeant: certaines palissent, d’autres scintillent. Mais la construction de son corps-image, il la fait aussi avec légèreté, en jouant de son corps qui lui échappe comme il nous échappe à tous. Certains tatouages sont des blagues qui (lui) rappellent que le tatouage n’est pas une religion.

Le discours de Jean-Luc Verna sur ses tatouages est repris en partie dans le documentaire audio Ceci est mon corps. Il révèle le travail constant opéré sur son propre corps dont les tatouages et les piercings ne sont que les éléments les plus « accrocheurs ». Les régimes, la musculation, la chirurgie esthétique, la danse… tout est bon pour qu’il façonne son corps, pour qu’il le sculpte, au sens propre du terme, accentuant les reliefs et les creux, en modelant l’épaisseur, en modifiant la silhouette. Mariant une masculinité bodybuildée à une féminité exacerbée. L’image-corps qu’il produit en plasticien est un mouvement incessant.

Jean-Luc_Verna sur Europe1

anecdote: Quinze jours avant d’écrire ce billet, je l’ai vu passer rue des Rois de Sicile, un chaud dimanche après-midi. J’ai vu passer comme un souffle un corps massif et léger, épais et fin, à la  démarche assurée qui flottait, suspendu à sa carrure. Le regard porté loin.
La force de l’ours, la légèreté du passereau, l’épaisseur du gorille, la finesse de la gazelle.
Quant aux couleurs… Verna se promène avec une peau scintillant de dizaines d’étoiles, les bras chatoyants. En plein jour ensoleillé, il rajoute à la lumière.
Jean-Luc Verna est son corps. Unique, travaillé par une souffrance intérieure qui le sculpte. Il est l’oeuvre qu’il poursuit, une matière qui lui résiste et dont il parvient pourtant à faire une  statue d’émotion.

Nous avons échangé quelques mots. De son corps épais et de son regard coloré par des lentilles se dégageaient une grande tristesse, une douceur et une tendresse encore plus grandes.

Il a, depuis, souligné encore un peu plus son visage d’encre noire, ancré encore un peu plus profondément en lui son utopie corporelle.

jean-luc-verna-a-faux-mouvement

 

Une réponse à “0011 Jean-Luc_Verna, l’image-corps en mouvement

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