0013 – C’est ton vrai visage? Notes sur le tatouage facial

C'est ton vrai visage?

C’est ton vrai visage?  Gwendoline, photo Denis Rideau

C’était en  Avignon, chez Lukas Zpira, à la Facto. Ce devait être en 2003. J’y étais avec mes filles mon frère et une nièce. Nous avons passé l’après-midi avec Lukas, sa fille Mayliss et Gwendoline.
Au moment de partir et après lui avoir fait la bise, Inès, âgée de 7 ans, demande à Gwendoline: « c’est ton vrai visage? ».
Gwendoline a ri.
Oui, c’est son vrai visage, tatoué, scarifié.
Lukas avait déjà ses implants sur le crâne et ses haïkus sur le côté du crâne, mais ce qui a marqué ma fille, ce sont les dessins sur le visage, les couleurs portées par Gwendoline…C’est ton vrai visage? C’est pas pour de faux? C’est pas un masque, c’est pas des décalcomanies? C’est le visage que tu as pour toujours?
Question d’une enfant pour qui le déguisement constitue un jeu à une adulte qui a choisi de se marquer définitivement et donc de se démarquer durablement.
A l’époque, je connaissais peu de personnes au visage tatoué, Gwendoline, Lukas, Ron Athey… mais des tatouages sur le crâne ou le visage qui, aujourd’hui paraitraient presque anodins au regard des tatouages faciaux qui se popularisent. Ou peut-être est-ce l’habitude de voir des personnes tatouées.

Lukas Zpira droite et gauche avec Shannon Larratt

Lukas Zpira droite et gauche
avec Shannon Larratt

Ron Athey

Ron Athey, années 1980

Stephie Von Hütter Thomas Ohio

Stephie Von Hütter Thomas
Ohio

Connaître Jean-Luc Verna et le voir évoluer, voir le visage de Morgan Dubois se transformer, passer du temps avec Roland de Visavajara, ça rend plus facile la perception d’autrui, quand bien même ses apparences seraient en rupture avec l’ordinaire.
Car ce ne sont pas des gens ordinaires tous ces gens.

Jean-Luc Verna août 2015

Jean-Luc Verna août 2015

Se marquer, pour se démarquer, la veuve noire sur la tempe de Ron athey ou ses larmes tatouées au coin de l’oeil, ses lignes tribales sur le menton, comme Lukas Zpira aux sourcils tatoués presque l’air de rien, ou encore la bande grise qui traverse horizontalement le visage de Morgan Dubois, les étoiles et le X de Jean-Luc Verna… Les mentons tatoués de tribal dès les années 90, tout ça, ça vous marque une personnalité, ça la souligne, ça l’imprime…

Crass

Crass, Strasbourg

Wendy

Wendy

Une hypothèse: se tatouer le crâne, le visage ou les mains est une résurgence du mouvement punk. Non pas que les Punks aient été les seuls à se tatouer ainsi. Le révérend Harry Powell, incarné par Robert Mitchum dans La nuit du Chasseur (Charles Laughton en 1955), a popularisé cette manière de se dire à partir de deux fois quatre lettres (love sur une main, hate sur l’autre) que l’on retrouve adaptée aux goûts du jours dans une déclinaison cyberpunk chez Morgan Dubois par exemple.

Révérend Harry Powell La Nuit du chasseur

Révérend Harry Powell
La Nuit du chasseur

Morgan Dubois Cyberpunk style

Morgan Dubois Cyberpunk style 2015

Mais le mouvement punk a créé une ouverture, ouvert un univers de possibles dans l’affirmation de soi. Le rejet des apparences convenues peut s’afficher de manière non éphémère. En se tatouant le visage les Punks affirmaient aux yeux du monde leur refus des conventions.

Yann Brënyak by Krousky

Yann Brënyak by Krousky

MAria_Spallek

Maria Spallek, Berlin

Aujourd’hui, le tatouage facial se diversifie. Il devient une étape obligée du « fuck you style » et touche des individus, hommes, femmes ou autres (je pense notamment à Tiamat, la femelle dragon) très différents. Dans le précédent billet j’invoquai ces personnes qui, par le tatouage et d’autres techniques, développaient une apparence animale (Tiamat, Lizardman, Ted Parrot Man…). Le travail d’analyse se poursuit chez des personnes qui n’ont pas nécessairement un projet aussi clairement défini mais qui utilisent les espaces du visage pour y figer des inscriptions d’autant plus marquantes qu’elles sautent littéralement aux yeux d’autrui.

Benjamin Lemke Berlin

Benjamin Lemke
Berlin

Encore un chantier donc, celui des tatouages faciaux qui marquent une inflexion dans l’histoire des modifications corporelles de l’apparence, en ne se cantonnant plus à l’univers des gangs salvadoriens, des  mafia de l’Est de l’Europe ou des bikers de Nouvelle-Zélande.

Doll von Tattoo

Doll von Tattoo

Les vrais visages décorés émergent de divers espaces… les personnages fantastiques prennent chair dans la « vraie vie ». Les identités se dessinent et modifient un des lieux du corps sensés les exprimer sans fard… et que seuls un masque, un maquillage, une blessure pouvaient jusque là infléchir.

AnthonyGreen by Krousky

AnthonyGreen
by Krousky

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