0014 Corps en chantier – fonctionnement et retour sur les premiers billets

Lukas Zpira... hacking the body

Lukas Zpira… hacking the body

Lorsque j’ai lancé Corps en chantier (body in process), il s’agissait de mettre en ligne quelques notes et réflexions sur des objets sur lesquels je travaille en ce moment, notamment ceux qui me tiennent à coeur mais qui sont en marge de ce que je fais à l’Université (pour être clair, en dehors des projets financés donc légitimes). Plus précisément encore Corps en chantier convoque des objets sur lesquels je travaille à nouveau près de vingt ans après avoir commencé, afin d’en saisir les changements, les déplacements, les renouvellements.

Trois chantiers sont ouverts qui se croisent et se superposent. Un chantier sur les modifications corporelles (piercing, tatouage, implants, scarifications, modifications fonctionnelles, identitaires, de l’apparence…), un chantier sur les suspensions (ces nouvelles pratiques de loisir qui consistent à se suspendre par des crochets placés sous la peau), un chantier sur les effets de la culture punk sur le corps (inscrit dans un projet plus vaste sur l’histoire de la scène punk en France).

Corps en chantier n’est donc pas un texte linéaire, abouti mais un recueil de billets. Il est un chantier sur les corps modifiés. Il est fait de notes, de remarques, d’observations qui ne s’enchainent pas de manière structurée mais se croisent, se complètent, se répondent ou se questionnent.

Corps en chantier est une sorte de laboratoire ouvert dans lequel je livre l’état de mes réflexions, de mes rencontres ainsi que mes incertitudes. C’est dont aussi le lieu d’approximations que j’espère provisoires.
Ce blog est donc un chantier… sur les corps en chantier.

Il se déroule selon une démarche expérimentale, non pas au sens scientifique du terme (selon les bases posées par Claude Bernard) mais au sens d’une expérimentation qui consiste à livrer au fur et à mesure l’état de mes réflexions et de les ajuster en fonction des retours et critiques qu’elles produisent. Tout cela grâce au fait que ces réflexions sont en ligne.
Le caractère expérimental se situe à ce niveau. Non seulement le blog est une succession de billets juxtaposés et, pour certains croisés, mais encore il évolue en fonction de sa diffusion sur Facebook.
Le second billet que j’ai écrit s’intitulait d’ailleurs Facebook et les bodmods. Il mentionnait la bascule opérée par Internet depuis la création de BME par Shannon Larratt et l’arrivée du web 2.0, et notamment de Facebook. Je lançai quelques pistes sur la création d’une communauté de personnes qui se regroupaient à partir des modifications qu’elles opéraient sur leur propre corps. C’est ce qu’a fait Shannon Larratt avec BME puis avec le réseau social  Iam mais aussi en organisant des événements sur invitation comme Modcon (Modcon regroupait des personnes qui avaient réalisé des modifications radicales, depuis les implants jusqu’aux amputations). Facebook a supprimé la nécessité d’intermédiaires.

Et j’ai été pris par Facebook au sens où, d’abord, je suis entré en contact avec des personnes en dehors de mes contacts directs. Très vite l’algorithme de Facebook m’a proposé des personnes au visage tatoué ou d’autres (parfois les mêmes) qui se livraient aux suspensions. Chaque jour je recevais des offres de contact du monde entier. Ce qu’on appelle en langage scientifique un échantillon se constituait au fur et à mesure de mes connexions et des calculs algorithmiques. Mais cet échantillon, se sont des personnes avec qui, depuis, je converse, j’échange…

The Modify Squad here on Facebook

The Modify Squad
here on Facebook

Mais j’ai aussi été interpellé via Facebook dans la mesure où mes notes et réflexions y étaient discutées, présentées, critiquées, notamment par les personnes de ce nouveau réseau qui, pour certaines d’entre elles, ont relayé les billets de Corps en chantier. Ces interpellations sont partie prenante du processus de production de connaissance car elles obligent à penser ce qui les a produites (ce qui fera l’objet d’un prochain billet). De plus, elles m’imposent un niveau d’analyse et de rigueur supérieur, dans la mesure où tout ce que j’écris est soumis au regard de toutes et de tous et notamment des principaux intéressés: les êtres qui touchent à leur corps en vue de le modifier et le leur rendre plus appréciable. Ainsi, chaque mot, chaque remarque est susceptible d’être discutée au sein de ce qui devient un séminaire de permanent.

Voici deux réactions qui m’ont surpris et que je rapporte en raison de leurs différences.
• La première est française. Elle est assez critique, venu de commentaires à un partage de « C’est ton vrai visage? » sur la page d’Anthony Green. Je souscris d’ailleurs en partie à la critique: le blog est superficiel et il véhicule des stéréotypes… Sur la superficialité du propos, chaque billet est insatisfaisant en effet. C’est l’ensemble, le croisement,les résonances d’un billet à l’autre qui permettent d’aller plus loin au fur et à mesure de la construction de Corps en chantier. Tout en sachant que les billets n’ont pas non plus vocation à être lus à la suite mais précisément à se renvoyer les uns aux autres. Sur les stéréotypes, je suis attentifs à ne pas en diffuser. Et pourtant une phrase coupée du contexte global ou de l’arrière-plan qui me permet de la prononcer peut sembler pleine de clichés. (Voir la réponse à StDavid et les ajustements à cette critique ici)

Stephie Von Hutter Thomas

Stephie Von Hutter Thomas

La seconde réaction est plus internationale. Elle provient d’actrices ou d’acteurs des bodmods, qu’il s’agisse de professionnels ou de personnes engagées dans des modifications lourdes de leur apparence et qui vivent au jour le jour les effets de ces modifications, sur leur entourage, mais aussi sur elles-mêmes. De leur côté, et alors que je les considère comme des personnes de qui j’ai tout à apprendre, la réception est très favorable et les quelques écrits que j’ai réalisés sont diffusés dans leurs réseaux, (alors même que les textes sont peu accessibles car rédigés en français et non encore traduits).

Cela n’implique pas de mise au point visant à lever les malentendus comme pour les réactions précédentes, mais plutôt une ouverture. L’idée qu’il faille écrire en anglais, non pas faire une traduction systématique mais produire une écriture brève et rigoureuse permettant de rendre accessible le projet en cours à d’autres actrices et acteurs de la scène internationale des bodmods et d’en recevoir en retour les remarques.

Tiamat 2015, august

Tiamat 2015, august

C’est ce que m’ont suggéré par exemple, Tiamat, the Dragon Lady, très active sur le projet de film Modify 2, ou encore Stephie Von Hütter Thomas, de l’Association of Body Art Professionnals. L’idée qui en découle est de doubler, autant que faire se peut certains billets en anglais dont le premier ici. Avec les limites qui sont les miennes (en temps et en maîtrise de la langue)ABAP-Association Body Art Professionals

(ce qui est drôle, c’est la référence, ici, à The Association of Body Art Professionals qui ferme un article qui s’est ouvert sur une photo de Lukas Zpira, créateur de Bødy-Art à Avignon en 1993)

Modify Jason_Gar & Greg_Jacobson

Modify
Jason_Gar & Greg_Jacobson

 

Ainsi aussi, quand les administrateurs de la page Facebook du film Modify y notent « Awesome blog. Thank you for writing it and for sharing it with the people of your country and with us there », cela ne peut qu’être compris comme un encouragement. Et comme une garantie de modestie forcément, de passer après Jim Ward, Fakir Musafar, Steve Haworth pour les artisans ou bien Stalking Cat, Daryl Bear, No Man Pan ou Erik Spreague, the Lizarman, pour les porteurs de modifications lourdes.

 

Bref, Bodiesinprocess/Corps en chantier est un travail en cours qui appelle les critiques comme les rencontres, un laboratoire ouvert pour la compréhension des modifications corporelles contemporaines.

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