0017-Hacking bodies

Berlin - Body-HackersIn the context of her seminar “Technobodies. Capacities, limits and transformations”, Prof. Dr. Patricia Ribault invited me to present my work on body modifications.
My conference will be like a journey among different kinds of voluntarily modified bodies and will question how Technique is being used both as a tool and a mean of expression to pursue these goals and to perform such acts.
A categorization will be proposed of contemporary body hackers who act on their own bodies in at least 5 directions:
• The “handymen” of the human machine
• The identity transgressors
• The sensation tinkerers
• The pirates of appearances
• The « combo-hackers »
All this types have been developed in previous conferences (see here).
For these types of body modifications, I will discuss how some people create themselves the technical apparatus (tools, gestures, operations, devices) necessary to these transformations, therefore how they generate a new kind of craftsmanship (I call them the “craftsmen of the flesh”).
I will also raise some issues about the sociological and philosophical perspectives given by these new techniques.
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0016 – yeux tatoués

Yeux tatoués pour publicité

Yeux tatoués pour publicité

C’est à Berlin que j’ai vu cette publicité, dans une devanture de pharmacie. Les yeux orange sont sensés rendre compte de la force obtenue grâce à un complément alimentaire quelconque. Une sorte de mutation.

Les yeux concentrent la force.

Je ne pouvais pas ne pas mettre en relation cette pub et les pratiques récentes de tatouages du blanc des yeux…

J’avais écrit à la fin des années 1990 qu’une des limites des modifications corporelles résidait dans l’imaginaire (que peut-on imaginer) puis dans la réalisation technique (que peut-on faire). Avec cette publicité, la valorisation des yeux colorés en profondeur (et non plus de manière réduite à l’usage de lentilles) ouvre à cet imaginaire de la transformation de soi, à la modification de son propre regard.

Bien avant cette pub, et depuis le magnifique bleu « Fremen » qui ornait les yeux de Shannon Larratt (voir ici en fin d’article) jusqu’au noir profond d’Elizabeth Lumbreras, la réalité des modifications de l’apparence est venue se ficher dans le blanc des yeux, bien plus profondément qu’avec Photoshop.

Elizabeth Yeux et visage tatoués

Elizabeth Lumbreras

0015 – se tatouer le visage pour se démarquer… quelle banalité

(Complément à C’est ton vrai visage?)

Jon C-x

Jon C-x

Lorsque j’ai publié « C’est ton vrai visage? », le billet a été repris quelques fois sur les réseaux sociaux (notamment sur Facebook) et il a reçu quelques critiques dont une qui sert de prétexte au présent billet:
« Mouais. « se tatouer le visage pour se démarquer » méga lol le cliché. « tatouages faciaux (…) dans l’histoire des modifications corporelles de l’apparence, en ne se cantonnant plus à l’univers des gangs salvadoriens, des mafia de l’Est de l’Europe ou des bikers de Nouvelle-Zélande » .. ahahah
C’est un peu superficiel comme article »

Julie

Julie, Riddes, 1er nov. 2015

Je ne reviendrai pas sur la manière dont se construit ce blog. C’est ce que j’ai développé ici ou . En revanche, je vais partir de cette critique.
« Se tatouer le visage pour se démarquer », c’est sûr, c’est un cliché. C’est une affirmation rapide qui généralise les raisons pour lesquelles une personne se fait tatouer. C’est une banalité de non tatoué…
L’idée que l’on se tatoue « pour » se démarquer ne peut venir que des corps majoritaires, ceux qui ne possèdent pas de marques, ou alors des marques inscrites sur des parties du corps pouvant tantôt se cacher tantôt se dévoiler.

Rolf_Buchholz

Rolf Buchholz, Lyon, Février 2015

Les pratiques de tatouage et de piercing se sont banalisées depuis les années 2000. En se banalisant, elles se sont aussi diversifiées. Les bijoux et les tatouages « à la mode » cohabitent avec des piercings et des tatouages originaux, voire franchement transgressifs (je pense ici aux piercings portés par Rolf Bucholz ou aux personnes portant des tatouages faciaux dont Rick Genest, par exemple, est devenu une icône).

Rick Genest (Zombie_Boy) sur une coque d'Iphone

Rick Genest (alias Zombie Boy), icône pour coque d’Iphone?

Une chose est sûre: le tatouage facial est sorti des groupes mafieux. Depuis 2010 environ, il fait l’objet d’une vulgarisation. Je dis environ car ce phénomène n’apparaît pas en 2010. Mais il me semble qu’à partir de ce moment, une pluralité d’images va circuler sur internet et les médias sociaux, notamment Facebook ou Instagram (qui apparaît précisément en 2010)… diffusant de nouveaux looks au front et aux joues tatouées. Ces looks touchent les réseaux sociaux grand public et sortent, par exemple, de BME (voir ici pour situer BME). Depuis cinq ans environ, donc, le tatouage facial n’est plus une pratique réservée aux adeptes des modifications corporelles importantes ou aux punks radicaux.

ØDůŁ tatoueur

ØDůŁ, tatoueur

Il est lui-même touché par la diversité, allant de la création de « personnages » (Zombie boy, Tiamat et quelques autres mentionnés ici), à des tatouages beaucoup plus « branchés », depuis l’ancre marine tatouée sous l’oeil, ou l’ancrage du cou ou du crâne au-dessus de l’oreille. De plus, ce tatouage facial se combine à d’autres techniques, comme le piercing (notamment un nombre important de piercings) ou les implants, le tatouage des yeux, la langue fendue…

Panda

Panda

Le fait de tatouer des parties du visage visibles en permanence produit de fait, une démarcation, même si le fait de se démarquer n’est pas le but recherché. En me tatouant les mains, en me tatouant le visage, j’imprime des motifs qui peuvent s’inscrire dans un désir et un parcours tout personnels mais qui s’affichent aux yeux de tous… Ce faisant, ces tatouages m’échappent comme un texte échappe à son auteur une fois qu’il est publié.
J’ai été maladroit l’autre fois quand j’ai écrit qu’on se tatouait le visage « pour » se démarquer. Cela revenait à réduire la multiplicité des motivations à une seule finalité. Or, la visibilité des modifications corporelles que l’on porte sur le visage renvoie d’une part à leur histoire culturelle (et à ses mutations contemporaines très rapides) et, par ailleurs, cette visibilité prend du sens en fonction de chaque histoire singulière.

Elizabeth Yeux et visage tatoués

Elizabeth Yeux et visage tatoués

Tatouage facial l’utopie de soi?
Dans le corps utopique, Michel Foucault dit qu’il suffit que je sois corps pour que je sois utopie.
Mon corps est le lieu par lequel je peux sortir de moi et me porter ailleurs.
Ou plutôt, je peux construire cet ailleurs à partir de ce corps que j’ai, avec lequel je me réveille chaque matin et qui me tient irrémédiablement là où je suis.
Mon corps est ce qui m’ancre dans la conscience de celui que je suis tout en me permettant de me transporter ailleurs, de me projeter dans une conscience de moi différent, transformé, modifié, de m’imaginer devenir vraiment celui ou celle que je suis… en devenant autre.
Avec le tatouage, le piercing, les scarifications, les implants, je bricole ce corps que je peux décider de montrer ou de masquer. Lorsque cela se pose sur le visage, je construis un personnage public. J’affiche une image dont l’importance peut s’effacer pour moi. Je me vois tous les jours avec mon tatouage facial, mes implants sur le front ou mes piercings. Mais chaque personne que je croise pour la première fois me rappelle par son regard que l’utopie que j’ai construite m’a bien porté ailleurs.
En dessinant, en sculptant, en ornant mon visage je me modèle, je m’invente, je me déplace, je me construit, je m’affirme.
Et s’il m’arrive de me démarquer, c’est sans doute parce que les marques que je porte sur le visage ne sont pas encore tout à fait habituelles…

Etienne Dumont

Etienne Dumont

0014 Corps en chantier – fonctionnement et retour sur les premiers billets

Lukas Zpira... hacking the body

Lukas Zpira… hacking the body

Lorsque j’ai lancé Corps en chantier (body in process), il s’agissait de mettre en ligne quelques notes et réflexions sur des objets sur lesquels je travaille en ce moment, notamment ceux qui me tiennent à coeur mais qui sont en marge de ce que je fais à l’Université (pour être clair, en dehors des projets financés donc légitimes). Plus précisément encore Corps en chantier convoque des objets sur lesquels je travaille à nouveau près de vingt ans après avoir commencé, afin d’en saisir les changements, les déplacements, les renouvellements. Lire la suite

0013e – Is it your true face? – notes on facial tattoos

Is it you true face?

Is it you true face? Photo Denis Rideau

I was in Avignon, France, at Lukas Zpira’s Facto. It was around 2003. I was there with my daughters, my brother and her daughter. We spent the afternoon with Lukas, his daughter Mayliss and Gwendoline (the girl on the picture).

Just before we leaved, and after she kissed her, my daughter Ines, aged 7, asked Gwendoline : « is it your true face? « .
Gwendoline laughed.
Yes, it is her real face, tattooed and scarified. Lire la suite

0013 – C’est ton vrai visage? Notes sur le tatouage facial

C'est ton vrai visage?

C’est ton vrai visage?  Gwendoline, photo Denis Rideau

C’était en  Avignon, chez Lukas Zpira, à la Facto. Ce devait être en 2003. J’y étais avec mes filles mon frère et une nièce. Nous avons passé l’après-midi avec Lukas, sa fille Mayliss et Gwendoline.
Au moment de partir et après lui avoir fait la bise, Inès, âgée de 7 ans, demande à Gwendoline: « c’est ton vrai visage? ».
Gwendoline a ri.
Oui, c’est son vrai visage, tatoué, scarifié.
Lukas avait déjà ses implants sur le crâne et ses haïkus sur le côté du crâne, mais ce qui a marqué ma fille, ce sont les dessins sur le visage, les couleurs portées par Gwendoline… Lire la suite

0012 Bodmods: Naissance d’une femelle dragon

Naissance d'une femelle-dragon Birth of a she-dragon

Naissance d’une femelle-dragon
Birth of a she-dragon

Assister à la naissance d’une femelle dragon est une chose que l’on ne voit pas tous les jours. Surtout quand cette femelle dragon a commencé par être un homme.

Stalking_Cat

Stalking Cat

D’autres exemples de mutations circulent pourtant depuis une vingtaine d’années et l’émergence des bodmods. Il ya bien sûr Tom Leppard, l’homme léopard, né dans les années 1930, sans doute le premier, au corps recouvert de tâches tatouées semblables au pelage du félin.
Bien sûr, l’image de Stalking Cat, né Dennis Avner, a beaucoup circulé sur Internet. Je l’ai vu se transformer progressivement, affiner son apparence par une succession de modifications, puis j’ai appris son décès, via Shannon Larratt (voir RIP Stalking Cat, voir aussi le film Modify où il apparaît). Son modelage ne se contente pas de recourir au tatouage facial. Il se combine aux implants, à la taille des dents, à la chirurgie faciale…

Tom Leppard L'homme Léopard

Tom Leppard L’homme Léopard

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